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samedi 2 septembre 2017

Brise-glace Toros


Le brise-glace Toros, l'un des nombreux brise-glaces russes lancés durant cette période, a été construit à Revel maintenant connue sous le nom de Tallinn. Sa mise à l’eau eut lieu en 1916. mais la poursuite immédiate de sa construction est rendue impossible par les circonstances particulières que connait alors la Russie. Après que sa coque ait été transférée aux chantiers A. Marti de Leningrad, il y est achevé en 1929 et livré le 24 décembre. Sa longueur est de 64,4 m, sa largeur de 14,2 m, son déplacement de 1 396 tonnes, sa vitesse de 14 nœuds. Initialement exploité dans la mer Baltique, Toros est transféré à Odessa au milieu des années 20. il participe au remorquage sur la mer d'Azov, dans l'estuaire du Dniepr et sur le Danube.


Le texte du vétéran Oleg Bulovich, « travailleur honoraire de l'URSS » qui participa à l'entretien du brise-glace, permet de découvrir certains détails de l'histoire ce bateau (voir « Ports de l'Ukraine, № 05 (107) 2011 ») (http://portsukraine.com/node/2158). Ainsi :

- le sauvetage du Ilyich échoué dans les eaux turques en décembre 1931 et lui permet de regagner son port d'attache Odessa

- en mars 1933 secours au vapeur Kharkov ou Kharkiv. Le 8 mars 1933, le vapeur soviétique Kharkov lors d'une violente tempête en mer Noire s'échoue à peu de distance de l'entrée du Bosphore. L'intervention du Toros, de plusieurs autres navires et de plongeurs permet de remettre le cargo à flots. Ce dernier est ensuite remorqué jusqu'à Sébastopol où il sera réparé. Remarquons que le récit d'Oleg Bulovich fait état d'une cargaison de légumes ; un quotidien australien évoque lui une cargaison d'armes...
- en 1937, il participe à un important convoyage d'éléments portuaires flottants à destination de l'extrême Orient dont il existe peu d'exemples comparables à l'époque.
Le navire s'illustre à plusieurs reprises au cours de la grande guerre patriotique. Le 22 juin 1941, le navire est en réparation à Nikolaev puis il participe à la fin de l'année aux combats de la péninsule de Kertch durant lesquels il sera très endommagé. Au cours des mois suivants, il fait partie des navires actifs dans les combats de la région. Au cours de l'automne 1942, la base navale de Novorossiisk est aux mains de la 17e Armée allemande (et ce depuis le 6 septembre 1942). Mais un petit groupe de marins soviétiques réussit à résister dans un quartier de la ville. Dans la baie de Tsemes, se trouve un dock flottant. Il est impensable qu'il puisse être pris par les Allemands ; il doit donc être déplacé vers un lieu jugé plus sur. La mission de le remorquer est attribuée au Toros et à son équipage. Dans la nuit du 4 septembre, le dock est pris en remorque malgré les tirs allemands. Après la sortie de la baie, juste après l'aube, un nouveau danger qui vient du ciel pèse sur le convoi. Mais il parvient à échapper au danger et à gagner Soukhoumi, alors capitale de la République socialiste soviétique autonome d'Abkhazie, élément de la République Socialiste Soviétique de Géorgie.


Après le retour de la paix, basé à Odessa, le Toros retrouve ses activités traditionnelles de convoyage à travers les glaces en hiver et de remorquage divers en été. Mais d'autres événements importants surviennent :
- le 8 avril 1949, le cargo soviétique Anatoli Serov explose en mer Noire après avoir heurté une mine alors qu'il transportait une cargaison de minerai. L'équipage du Toros parvient à recueillir sept marins.
- en 1966, il participe au sauvetage du paquebot grec Marie.



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Il est désarmé en 1967 et vendu à la démolition. Certaines parties de son équipement sont conservées au Musée de la Marine de l'Ukraine.





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lundi 11 janvier 2016

Anatase Mikoyan, brise-glace soviétique


La construction de deux brise-glaces de la classe Joseph Stalin a été entamée au chantier André Marty de Nikolaïev en novembre 1935. Il est alors prévu que l’un d’entre eux porte le nom de Otto Schmidt en hommage au brillant mathématicien, un temps responsable du Glavsevmorput. Le même chantier construira un autre navire identique, qui prendra le nom de Lazare Kaganovich. Un chantier de Leningrad construira les deux autres unités de la même série ; elles porteront les noms de Joseph Stalin et Vyacheslav Molotov.


L'Otto Schmidt sera lancé en 1938 et prendra au cours de l'année suivante le nom d’Anatase Mikoyan afin de célébrer l’un des proches collaborateurs de Staline.

Il est livré le 26 août 1941 sans que des essais aient pu se dérouler lieu. Ils ont été empêchés par les actions aériennes de l’armée allemande qui bombarde la ville de Nikolaeïv. Le brise-glace gagne donc Sébastopol où un armement d’une vingtaine de canons de différents calibres sera installé à son bord. En revanche, le projet des hydravions qu'il devait être possible de lancer depuis une rampe placée à l'arrière a été abandonné. Ainsi armé en croiseur auxiliaire, il va participer à plusieurs opérations militaires au cours de l'été 1941 (défense d'Odessa et de Sébastopol, évacuation de civils et de blessés de Sébastopol à Novorossisk, débarquement de Grigorievka le 22 septembre) puis reçoit l'ordre de gagner l'Arctique.

C'est alors que se déroule l'épisode sans conteste le plus marquant de la vie de ce navire : un voyage de neuf mois (novembre 1941 – août 1942) qu'il dût effectuer au départ de la mer Noire pour gagner le détroit de Bering en traversant successivement la Méditerranée puis les océans Atlantique et Pacifique. À son départ de la mer Noire, aux ordres du capitaine de 2e rang S.Sergeev, il est accompagné des trois pétroliers Sakhaline, Tuapse et Varlaam Avanessov qui doivent gagner le port anglais de Famagouste sur l'île de Chypre.

Pour satisfaire aux conditions turques de neutralité, c'est sans armes que le brise-glace doit traverser le Bosphore. Celles-ci ont donc été retirées avant le début du voyage lors d'une escale dans le port géorgien de Poti. C'est par conséquent sans pouvoir riposter que, après une escale à Istanbul à la fin du mois  de novembre 1941, le navire est attaqué par trois torpilleurs italiens en mer Égée, peu de temps après avoir quitté le détroit des Dardanelles. Des manœuvres d'évitement lui permettent d'échapper aux dégât qu'auraient causé les torpilles italiennes. Il subit une nouvelle attaque italienne le lendemain qui, si elle n'atteint pas la coque, laisse de nombreuses empreintes sur ses cheminées et dans ses superstructures. Mais il put encore une fois éviter les torpilles et atteint la base britannique de Chypre où sont opérées les réparations nécessaires. Sa perte ayant été proclamée par les forces de l'Axe à la suite du recueil de morceaux de bois et d'un gilet de sauvetage provenant d'un canot de sauvetage du brise-glace qui était tombé à l'eau atteint par les tirs ennemis, il fut accueilli par un groupe britannique prêt au combat devant l’arrivée d’un ennemi potentiel.

Le voyage reprend par le canal de Suez et la mer Rouge. Le brise-glace quitte Aden le 1er février 1942 et fait route le long de la côte orientale de l'Afrique. Une escale au Cap lui permet de charbonner de façon importante en vue de la traversée de l’Atlantique. Il quitte Le Cap le 26 mars 1942, destination Montevideo atteinte sous une escorte britannique qui a joint récemment. Puis c'est au tour du cap Horn d'être franchi avant de remonter au nord vers San Francisco. La Corne d’Or de Vladivostok accueille le brise-glace en juin 1942. Un armement lui est réinstallé avant qu’il poursuive son voyage vers le nord. Enfin, le 9 août, le navire pénètre dans les eaux soviétiques du golfe d'Anadyr. Plus à l’est, dans Providence Bay, à l’extrémité sud-est de la presqu’île des Tchouktches, 3 bâtiments de la marine soviétique et 19 cargos ont été rassemblés qui vont constituer le convoi EON 18 destiné à ravitailler l’URSS. Le convoi appareille de Providence Bay le 14 août pour franchir le détroit de Bering et pénétrer dans l’Arctique. À la tête du convoi se trouve l’Anatase Mikoyan dont la présence va s’avérer utile puisque les premières glaces sont rencontrées dans le détroit de Bering. Les conditions vont s’avérer suffisamment difficiles pour que l’aide de deux autres brise-glaces, Lazare Kaganovich et Stalin (identiques à l’Anatase Mikoyan), soit jugée nécessaire pour permettre au convoi de progresser jusqu’à Ambarchik où il arrive le 11 septembre. Le 14 septembre, c’est Tiksit qui est atteinte. Les navires y restent jusqu’au 19 septembre en raison de la présence signalée en mer de Kara de bâtiments allemands. C’est l’opération Wunderland, menée par le croiseur Amiral Scheer accompagné de cinq sous-marins et destinée à éliminer le plus grand nombre possible de navires soviétiques de l’Arctique et dont le résultat ne sera pas un grand succès allemand. Les navires du convoi reprennent leur voyage le 19 septembre. L’arrivée à Dixon se fait le 24 septembre et la traversée de la mer de Kara s’achève le 10 octobre ; les navires du convoi EON18 sont maintenant en eau libre et n’ont plus besoin d’aide pour atteindre Severodvinsk, le port de la mer Blanche proche d’Arkhangelsk. L’Anatase Mikoyan n’y parvient lui que le 21 décembre après avoir passé plusieurs semaines en mer de Kara après avoir tracé la route pour d’autres convois.














Les cartes du voyage d'Anatase Mikoyan :





 


Mais lors de cette navigation d’approche du port, le brise-glace heurte une mine allemande qui provoque d’importants dégâts à sa coque et à ses machines sans toutefois lui enlever complètement la capacité de naviguer par lui-même, le système propulsif étant peu touché et la flottabilité restant satisfaisante. Des réparations importantes sont néanmoins nécessaires qu’aucun port arctique ne peut assurer par manque d’équipements pour un navire de cette taille. Des contacts sont pris au plus haut niveau et il est décidé que le brise-glace sera remis en état à… Seattle, le grand port californien. Faire route vers ce chantier sera l’occasion d’un voyage en sens inverse tout en ouvrant la voie à un autre convoi.

Réparé, il poursuivit ses missions en Arctique pendant encore de nombreuses années après la guerre avant d'être démoli en 1966 à Vladivostok.









vendredi 20 avril 2012

Brise-glaces : anciens et nouveau

Nos lecteurs l'ont compris : nous aimons bien les brise-glaces... Et l'actualité du mois de mars nous apporte des précisions sur le nouveau navire russe d'une puissance de 25 mW (projet 22600) déjà évoqué ici à plusieurs reprises :
- la première tôle a été découpée le 26 mars au chantier Baltiysky Zavod,
- le début de la construction proprement dite est prévu pour avoir lieu le 22 juin prochain,
- la livraison est prévue pour 2015 comme précédemment annoncé,
- une première "vue d'artiste" a été publiée :

et voici quelques spécifications techniques :



Les vidéos présentées ci-dessous montrent quelques navires plus anciens des flotte russe et soviétique ou encore le dernier mis à flots :




Nous avions déjà évoqué sur un autre blog les brise-glaces chinois, indiquant le projet de construction d'un nouveau navire destiné au ravitaillement des bases scientifiques chinoises antarctiques. On sait maintenant que sa construction est en cours et se fait "selon les prévisions" ; il pourrait donc entrer en service en 2014 pour remplacer ou renforcer l'action de l'actuel Xuelong.