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lundi 11 janvier 2016

Anatase Mikoyan, brise-glace soviétique


La construction de deux brise-glaces de la classe Joseph Stalin a été entamée au chantier André Marty de Nikolaïev en novembre 1935. Il est alors prévu que l’un d’entre eux porte le nom de Otto Schmidt en hommage au brillant mathématicien, un temps responsable du Glavsevmorput. Le même chantier construira un autre navire identique, qui prendra le nom de Lazare Kaganovich. Un chantier de Leningrad construira les deux autres unités de la même série ; elles porteront les noms de Joseph Stalin et Vyacheslav Molotov.


L'Otto Schmidt sera lancé en 1938 et prendra au cours de l'année suivante le nom d’Anatase Mikoyan afin de célébrer l’un des proches collaborateurs de Staline.

Il est livré le 26 août 1941 sans que des essais aient pu se dérouler lieu. Ils ont été empêchés par les actions aériennes de l’armée allemande qui bombarde la ville de Nikolaeïv. Le brise-glace gagne donc Sébastopol où un armement d’une vingtaine de canons de différents calibres sera installé à son bord. En revanche, le projet des hydravions qu'il devait être possible de lancer depuis une rampe placée à l'arrière a été abandonné. Ainsi armé en croiseur auxiliaire, il va participer à plusieurs opérations militaires au cours de l'été 1941 (défense d'Odessa et de Sébastopol, évacuation de civils et de blessés de Sébastopol à Novorossisk, débarquement de Grigorievka le 22 septembre) puis reçoit l'ordre de gagner l'Arctique.

C'est alors que se déroule l'épisode sans conteste le plus marquant de la vie de ce navire : un voyage de neuf mois (novembre 1941 – août 1942) qu'il dût effectuer au départ de la mer Noire pour gagner le détroit de Bering en traversant successivement la Méditerranée puis les océans Atlantique et Pacifique. À son départ de la mer Noire, aux ordres du capitaine de 2e rang S.Sergeev, il est accompagné des trois pétroliers Sakhaline, Tuapse et Varlaam Avanessov qui doivent gagner le port anglais de Famagouste sur l'île de Chypre.

Pour satisfaire aux conditions turques de neutralité, c'est sans armes que le brise-glace doit traverser le Bosphore. Celles-ci ont donc été retirées avant le début du voyage lors d'une escale dans le port géorgien de Poti. C'est par conséquent sans pouvoir riposter que, après une escale à Istanbul à la fin du mois  de novembre 1941, le navire est attaqué par trois torpilleurs italiens en mer Égée, peu de temps après avoir quitté le détroit des Dardanelles. Des manœuvres d'évitement lui permettent d'échapper aux dégât qu'auraient causé les torpilles italiennes. Il subit une nouvelle attaque italienne le lendemain qui, si elle n'atteint pas la coque, laisse de nombreuses empreintes sur ses cheminées et dans ses superstructures. Mais il put encore une fois éviter les torpilles et atteint la base britannique de Chypre où sont opérées les réparations nécessaires. Sa perte ayant été proclamée par les forces de l'Axe à la suite du recueil de morceaux de bois et d'un gilet de sauvetage provenant d'un canot de sauvetage du brise-glace qui était tombé à l'eau atteint par les tirs ennemis, il fut accueilli par un groupe britannique prêt au combat devant l’arrivée d’un ennemi potentiel.

Le voyage reprend par le canal de Suez et la mer Rouge. Le brise-glace quitte Aden le 1er février 1942 et fait route le long de la côte orientale de l'Afrique. Une escale au Cap lui permet de charbonner de façon importante en vue de la traversée de l’Atlantique. Il quitte Le Cap le 26 mars 1942, destination Montevideo atteinte sous une escorte britannique qui a joint récemment. Puis c'est au tour du cap Horn d'être franchi avant de remonter au nord vers San Francisco. La Corne d’Or de Vladivostok accueille le brise-glace en juin 1942. Un armement lui est réinstallé avant qu’il poursuive son voyage vers le nord. Enfin, le 9 août, le navire pénètre dans les eaux soviétiques du golfe d'Anadyr. Plus à l’est, dans Providence Bay, à l’extrémité sud-est de la presqu’île des Tchouktches, 3 bâtiments de la marine soviétique et 19 cargos ont été rassemblés qui vont constituer le convoi EON 18 destiné à ravitailler l’URSS. Le convoi appareille de Providence Bay le 14 août pour franchir le détroit de Bering et pénétrer dans l’Arctique. À la tête du convoi se trouve l’Anatase Mikoyan dont la présence va s’avérer utile puisque les premières glaces sont rencontrées dans le détroit de Bering. Les conditions vont s’avérer suffisamment difficiles pour que l’aide de deux autres brise-glaces, Lazare Kaganovich et Stalin (identiques à l’Anatase Mikoyan), soit jugée nécessaire pour permettre au convoi de progresser jusqu’à Ambarchik où il arrive le 11 septembre. Le 14 septembre, c’est Tiksit qui est atteinte. Les navires y restent jusqu’au 19 septembre en raison de la présence signalée en mer de Kara de bâtiments allemands. C’est l’opération Wunderland, menée par le croiseur Amiral Scheer accompagné de cinq sous-marins et destinée à éliminer le plus grand nombre possible de navires soviétiques de l’Arctique et dont le résultat ne sera pas un grand succès allemand. Les navires du convoi reprennent leur voyage le 19 septembre. L’arrivée à Dixon se fait le 24 septembre et la traversée de la mer de Kara s’achève le 10 octobre ; les navires du convoi EON18 sont maintenant en eau libre et n’ont plus besoin d’aide pour atteindre Severodvinsk, le port de la mer Blanche proche d’Arkhangelsk. L’Anatase Mikoyan n’y parvient lui que le 21 décembre après avoir passé plusieurs semaines en mer de Kara après avoir tracé la route pour d’autres convois.














Les cartes du voyage d'Anatase Mikoyan :





 


Mais lors de cette navigation d’approche du port, le brise-glace heurte une mine allemande qui provoque d’importants dégâts à sa coque et à ses machines sans toutefois lui enlever complètement la capacité de naviguer par lui-même, le système propulsif étant peu touché et la flottabilité restant satisfaisante. Des réparations importantes sont néanmoins nécessaires qu’aucun port arctique ne peut assurer par manque d’équipements pour un navire de cette taille. Des contacts sont pris au plus haut niveau et il est décidé que le brise-glace sera remis en état à… Seattle, le grand port californien. Faire route vers ce chantier sera l’occasion d’un voyage en sens inverse tout en ouvrant la voie à un autre convoi.

Réparé, il poursuivit ses missions en Arctique pendant encore de nombreuses années après la guerre avant d'être démoli en 1966 à Vladivostok.









jeudi 30 mai 2013

Solovey Budimirovich / Malygin (ex Terre-neuvien Bruce 1912)



En 1912, le chantier Napier & Miller de Glasgow lance un navire commandé par la compagnie Reid destiné à la liaison des différentes localités de Terre Neuve et aux relations avec la Nouvelle Ecosse. Il reprend le nom de Bruce qui avait déjà été porté par un navire de la compagnie, lancé en 1897 et qui avait été perdu le 24 mars 1911 au large de Louisbourg (Nouvelle Ecosse). Il mesure environ 76 mètres de long pour 11 de large.


Vendu à la Russie en 1916 pour permettre au port d'Arkhangelsk de conserver une activité hivernale malgré les glaces, il devient Solovey Budimirovich. En janvier 1920, le navire quitte le port d'Arkhangelsk, bastion des forces « blanches », peu de temps avant que la ville passe aux mains soviétiques. Au nombre des 85 passagers se trouvent principalement des fonctionnaires et des officiers de l'ancien régime qui, accompagnés de leur famille, désirent échapper au changement de pouvoir. Mais le bateau ne peut, lui, échapper aux glaces qu'il rencontre une fois parvenu en mer de Barents qui l'emprisonnent et l'entraînent vers l'est. Il est nécessaire de mettre sur pieds une opération de sauvetage pour dégager le navire et sauver ses passagers dont les conditions de vie à bord s'altèrent tous les jours. Bien sûr, il est nécessaire qu'un autre brise-glace participe à cette opération. En fait, deux expéditions sont organisées : l'une (conjointement par les occidentaux « blancs » et les responsables soviétiques) qui utilise le Svyatogor, alors aux mains des Britanniques (voir l'histoire de ce bateau) et placé sous les ordres d'Otto Sverdrup, l'ancien compagnon de Fritjof Nansen quelques vingt ans auparavant, l'autre par les bolchéviques qui arment l'ancien bateau canadien Earl Grey devenu IIIe Internationale, aux ordres du capitaine Mukalov. C'est une course qui s'engage dans la glace entre les deux équipes, la blanche et la rouge. L'enjeu : les passagers du Malygin et leur destin. Le 19 juin, la blanche l'emporte ; les émigrés sont transférés à bord du Svyatogor qui regagne la Grande-Bretagne. Le Solovey Budimirovich, dégagé, doit rentrer à Arkhangelsk.


En 1922, on lui attribue le nom de Malygin en hommage à Stepan Gavrilovich Malygin, officier de marine et explorateur russe du XVIIIe siècle. En 1928, il participe à l’expédition de sauvetage d'Umberto Nobile et de ses compagnons après l'accident du dirigeable Italia. Mais sa principale activité jusqu'en 1939 sera de participer à de nombreuses campagnes océanographiques en Arctique et de ravitailler les stations météorologiques.

Au cours de l'été 1931, Malygin effectue un voyage particulier, en fait d'une croisière touristique en pleine période communiste destinée à faire visiter par l'agence Intourist certains lieux importants de l'archipel François Joseph. Mais certains passagers ne sont pas là pour faire du tourisme... Plusieurs scientifiques de haut niveau sont à bord, sous la houlette du Pr Vize, pour mener des expériences. Il y a aussi Umberto Nobile lui-même, qui espère retrouver des traces de son voyage manqué. De nombreux journalistes sont également présents à bord dont l'allemand Friedrich Sieburg et des voyageurs étrangers mais il semble qu'aucun « touriste soviétique » n'ait été à bord... 


Entamé le 19 juillet au départ d'Arkhangelsk sous le commandement du commandant D.T. Chertkov, le voyage sera marqué par quelques faits saillants. Le 24 juillet, le brise-glace est à Bukhta Tikhaya. C'est ici que Georgiy Sedov a hiverné en 1913-1914 avant de s'aventurer vers le Pôle (qu'il n'atteindra pas, mourant peu de temps après son départ). C'est également ici qu'Otto Schmidt a établi une station météorologique en 1928. Ce n'est donc par hasard que l'endroit a été choisi pour organiser depuis plusieurs mois une rencontre entre le brise-glace soviétique et le dirigeable allemand Graf Zeppelin. Des morceaux de glace de plus en plus gros et de plus en plus nombreux venant menacer le dirigeable posé sur l'eau, la rencontre écourtée. Elle fera néanmoins la couverture du célèbre périodique français L’Illustration en août 1931 sous le titre « Rencontre aéromaritime dans l’arctique: le Graf Zeppelin vient prendre le courrier du brise-glace Malygin à l’île Hooker » et donnera lieu à l'émission de plusieurs timbres dans de nombreux pays. Le 8 août, lors de l'escale à Ostrov Al'dzher, les scientifiques découvriront une hutte installée par une expédition américaine en 1902 ainsi qu'une lettre laissée par Evelyn B. Baldwin, son commandant. Malygin est de retour à Arkhangelsk le 20 août à l'issue d'un voyage dont le succès sera considéré comme limité en raison, semble-t-il, de la disparité des passagers, les désirs des scientifiques s'accommodant mal des obligations du commandant vis à vis des touristes. (d'après W. Barr, Département de Géographie, Université du Saskatchewan, Canada)


En octobre 1937, trois brise-glaces sont emprisonnés par la glace dans la mer des Laptev. Parmi eux, outre Georgiy Sedov et Sadko, figure Malygin. Ces deux derniers ne pourront être libérés qu'en août 1938 grâce à l'intervention de l'Ermak. Georgiy Sedov continuera à dériver et donnera lieu à l'un des épisodes les plus impressionnants de l'histoire arctique.

Malygin sera perdu lors d'une tempête au large de la presqu'île du Kamchatka le 28 octobre 1940 alors qu'il revenait d'une expédition scientifique. Se trouvaient alors à son bord 98 personnes.

Par la suite, un autre brise-glace soviétique portera le même nom de Malygin. Il s'agit de l'ancien finlandais Storm transféré à la flotte soviétique comme réparation de guerre en 1945.

Tous clichés DR


Voir le livre "Brise-glaces de la Route du Nord et de la mer Baltique" qui retrace l'histoire de tous les brise-glaces européens


Voir le livre "Navires spécialisés"

mercredi 2 janvier 2013

Brise-glaces & autres navires spécialisés


 Bonne année 2013 à tous nos lecteurs

Happy New Year to our readers


Liste des brise-glaces du monde entier
USCG Staten Island (Classe Wind) cliché USCG

L'US Coast Guard vient d'avoir l'excellente idée de regrouper sur un seul document la liste des brise-glaces de toute nationalité et de toutes fonctions, publics ou privés. Cette liste peut-être téléchargée à l'adresse suivante : http://www.uscg.mil/hq/cg5/cg552/ice.asp


Navires russes
Parallèlement au projet 22220 du nouveau brise-glace à propulsion nucléaire, la Russie mène le développement du projet 21900M, évolution du projet 21900 qui comptait deux navires (Moscou et Saint Petersbourg). Nous avons déjà évoqué ces navires à plusieurs reprises mais quelques développements nouveaux sont apparus récemment. Il s'agit là de la construction de trois brise-glaces à propulsion Diesel conventionnelle destinés à l'ouverture des routes maritimes hivernales, au sauvetage sous toutes ses formes mais également au transport en mer Baltique. Leur utilisation estivale pourra être faite en Arctique. Leur longueur sera d'environ 117 mètres, leur largeur de 27 mètres pour un déplacement d'environ 10 000 tonnes et une puissance 16 MW. Tous trois sont destinés à l'Agence fédérale de transport maritime et fluvial. Leur coût unitaire est estimé à 100 millions d'euros. Les livraisons sont prévues pour mai, août et octobre 2015.
Vue d'artiste du projet 21900M. Cliché Arctech Helsinki Shipyard

La construction de deux navires de cette série destinés à la compagnie Rosmorport est confiée au chantier Vyborg qui a procédé le 20 août 2012 à la découpe de la première tôle. La pose de la première tôle eut lieu le 17 octobre en présence de Victor Olersky, ministre des transports de la Fédération de Russie qui marque une nouvelle fois l'intérêt du gouvernement russe pour ces navires. Autre preuve de cet intérêt : c'est en avance sur les prévisions qu'est posée le 12 décembre la première tôle du deuxième navire de la série. Elle était initialement prévue pour février 2013. Les choses vont vite. Exactement deux semaines plus tard, le 26 décembre, c'est au au tour du troisième navire de voir sa première tôle posée. Selon un contrat signé le 18 décembre 2012, la construction de ce troisième navire sera assurée conjointement par le chantier russe Vyborg (fourniture des composants) et par le finlandais Artech d'Helsinki (assemblage, finition, essais en mer et livraison). Cette avancée sur le calendrier du programme et ce contrat de sous-traitance sembleraient montrer que les autorités russes sont pressées de prendre livraison de ces nouvelles constructions. En raison de l'ancienneté de certains des brise-glaces utilisés actuellement en Baltique ou pour des travaux jugés urgents sur la route du Nord à laquelle Vladimir Poutine est très attaché ?

Route maritime du Nord
En ce qui concerne cette dernière, le mois de décembre a permis d'apprendre qu'elle serait gérée depuis deux bureaux : celui d'Arkhangelsk (qui devrait ouvrir en janvier 2013) traitant les affaires courantes pratiques et celui de Moscou les affaires administratives. En effet, c'est Arkhangelsk qui semble prendre le pas sur Mourmansk. Le trafic y a augmenté de 20 % alors qu'il diminuait de 10 % à Mourmansk sur les onze premiers mois de l'année 2012. Et Igor Orlov, le gouverneur de la ville portuaire, a décidé d'y développer le tourisme en misant entre autre sur le réaménagement d'anciens sites du complexe militaro-industriel.
 Arkhangelsk au XIXe siècle (cliché Wikimedia)

Le 21 de ce même mois de décembre a été inauguré à Moscou dans les locaux du centre de recherches océanographiques Krylov (qui a participé à la création des nouveaux brise-glaces 21900M) un centre de modélisation et d'étude du comportement des glaces. Les travaux menés concernent le remorquage et l'exploitation off-shore des hydrocarbures en eau glacée. L'entrainement des marins est également au programme de ce simulateur. Le ministre des transports, déjà évoqué plus haut, était présent lors de cette cérémonie...
Cliché Institut Krylov

Les résultats de l'exploitation de cette route pour l'année 2012 montrent qu'elle a été fréquentée par 46 navires (34 en 2011, 4 en 2010) dont 21 faisaient route vers l'est. On retiendra pour l'anecdote le premier transport de gaz naturel sur cette route par le navire-citerne grec Reka Ob (escorté des deux brise-glaces nucléaires Cinquantenaire de la Victoire et Russia) du 9 au 18 novembre à destination du Japon.


Quelques autres navires spécialisés...

Clichés Gilles Barnichon / Agence Adhémar

Depuis la belle ville de Porto, deux clichés datant de juin 2012 :
- le patrouilleur Cacine, entré en service en 1969 : 

-  patrouilleur UAM 650 de la Police Maritime, UAM signifiant "Unité auxiliaire de la marine" :


Finissons avec quelques clichés datant de décembre 2012 montrant Salvamar Canopus du Salvamento Maritimo espagnol, construit en 1983 par Auxiliar Naval del Principado et basé aux Canaries :