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mardi 30 juillet 2013

AP-46 "Almirante Oscar Viel Toro" (IMO 6822137)





La Marine Chilienne est présente en Antarctique depuis 1947. Outre des missions de sauvetage et d'hydrographie, elle assure le soutien de stations scientifiques (chiliennes et étrangères). Depuis 1995, elle dispose pour cette mission du brise-glace Almirante Oscar Viel Toro. Jusqu'alors, le navire avait plus rencontré les glaces du Nord que les eaux antarctiques. Il a en effet été livré en octobre 1969 par le chantier canadien Canadian Vickers de Montréal à la garde côtière du Canada sous le nom de Norman McLeod Rogers. Il sert à la fois de brise-glace, de ravitailleur et de baliseur. D'une longueur de 90 mètres, d'une largeur de 19 mètres, il est équipé d'une machine Diesel et turbine à gaz à transmission électrique qui délivre une puissance de 12 000 CV. Comme tous les brise-glaces de la garde côtière canadienne, il porte le nom d'un ancien Premier Ministre.





Après 26 ans de service sous le pavillon de la feuille d'érable, le navire est incorporé à la marine chilienne en janvier 1995. il prend le nom de Almirante Oscar Viel Toro, qui fut le commandant en chef de la marine chilienne à la fin du XIXe siècle. Dès le mois de novembre suivant, il assure sa première campagne en Antarctique (soutien aux bases, expédition scientifique pour l'Institut antarctique chilien...).

Depuis 1998, un accord entre l'Argentine et le Chili permet la mutualisation des moyens d'intervention en zone antarctique pour diverses opérations comme le sauvetage ou la lutte anti-pollution.


Le remplacement du principal brise-glace chilien, prévu en 2015, est évoqué dès le mois d'avril 2011. Et pour deux raisons. D'une part, le navire vieillit bien sur, d'autre part le Chili est tenté d'augmenter sa présence dans ces mers du sud tant sur les plans scientifique et hydrographique que sur le plan politique. Il faut « montrer le pavillon » et assumer l'augmentation des tâches et leurs conséquences (lutte anti-pollution, sécurité de la navigation -en conjonction avec l'Argentine-...). Lors d'une visite au Chili en janvier 2013, le Premier Ministre finlandais a fait savoir qu'il espérait que la construction du nouveau brise-glace chilien se ferait dans les chantiers STX Finlande de Rauma.
http://maritime-connector.com/ship/contre-almirante-oscar-viel-toro-6822137/

Tous clichés Garde-côte canadienne et Marine Chilienne

Webographie :








Voir le livre "Navires spécialisés"

Voir le livre "Brise-glaces de la Route du Nord et de la mer Baltique".

jeudi 30 mai 2013

Solovey Budimirovich / Malygin (ex Terre-neuvien Bruce 1912)



En 1912, le chantier Napier & Miller de Glasgow lance un navire commandé par la compagnie Reid destiné à la liaison des différentes localités de Terre Neuve et aux relations avec la Nouvelle Ecosse. Il reprend le nom de Bruce qui avait déjà été porté par un navire de la compagnie, lancé en 1897 et qui avait été perdu le 24 mars 1911 au large de Louisbourg (Nouvelle Ecosse). Il mesure environ 76 mètres de long pour 11 de large.


Vendu à la Russie en 1916 pour permettre au port d'Arkhangelsk de conserver une activité hivernale malgré les glaces, il devient Solovey Budimirovich. En janvier 1920, le navire quitte le port d'Arkhangelsk, bastion des forces « blanches », peu de temps avant que la ville passe aux mains soviétiques. Au nombre des 85 passagers se trouvent principalement des fonctionnaires et des officiers de l'ancien régime qui, accompagnés de leur famille, désirent échapper au changement de pouvoir. Mais le bateau ne peut, lui, échapper aux glaces qu'il rencontre une fois parvenu en mer de Barents qui l'emprisonnent et l'entraînent vers l'est. Il est nécessaire de mettre sur pieds une opération de sauvetage pour dégager le navire et sauver ses passagers dont les conditions de vie à bord s'altèrent tous les jours. Bien sûr, il est nécessaire qu'un autre brise-glace participe à cette opération. En fait, deux expéditions sont organisées : l'une (conjointement par les occidentaux « blancs » et les responsables soviétiques) qui utilise le Svyatogor, alors aux mains des Britanniques (voir l'histoire de ce bateau) et placé sous les ordres d'Otto Sverdrup, l'ancien compagnon de Fritjof Nansen quelques vingt ans auparavant, l'autre par les bolchéviques qui arment l'ancien bateau canadien Earl Grey devenu IIIe Internationale, aux ordres du capitaine Mukalov. C'est une course qui s'engage dans la glace entre les deux équipes, la blanche et la rouge. L'enjeu : les passagers du Malygin et leur destin. Le 19 juin, la blanche l'emporte ; les émigrés sont transférés à bord du Svyatogor qui regagne la Grande-Bretagne. Le Solovey Budimirovich, dégagé, doit rentrer à Arkhangelsk.


En 1922, on lui attribue le nom de Malygin en hommage à Stepan Gavrilovich Malygin, officier de marine et explorateur russe du XVIIIe siècle. En 1928, il participe à l’expédition de sauvetage d'Umberto Nobile et de ses compagnons après l'accident du dirigeable Italia. Mais sa principale activité jusqu'en 1939 sera de participer à de nombreuses campagnes océanographiques en Arctique et de ravitailler les stations météorologiques.

Au cours de l'été 1931, Malygin effectue un voyage particulier, en fait d'une croisière touristique en pleine période communiste destinée à faire visiter par l'agence Intourist certains lieux importants de l'archipel François Joseph. Mais certains passagers ne sont pas là pour faire du tourisme... Plusieurs scientifiques de haut niveau sont à bord, sous la houlette du Pr Vize, pour mener des expériences. Il y a aussi Umberto Nobile lui-même, qui espère retrouver des traces de son voyage manqué. De nombreux journalistes sont également présents à bord dont l'allemand Friedrich Sieburg et des voyageurs étrangers mais il semble qu'aucun « touriste soviétique » n'ait été à bord... 


Entamé le 19 juillet au départ d'Arkhangelsk sous le commandement du commandant D.T. Chertkov, le voyage sera marqué par quelques faits saillants. Le 24 juillet, le brise-glace est à Bukhta Tikhaya. C'est ici que Georgiy Sedov a hiverné en 1913-1914 avant de s'aventurer vers le Pôle (qu'il n'atteindra pas, mourant peu de temps après son départ). C'est également ici qu'Otto Schmidt a établi une station météorologique en 1928. Ce n'est donc par hasard que l'endroit a été choisi pour organiser depuis plusieurs mois une rencontre entre le brise-glace soviétique et le dirigeable allemand Graf Zeppelin. Des morceaux de glace de plus en plus gros et de plus en plus nombreux venant menacer le dirigeable posé sur l'eau, la rencontre écourtée. Elle fera néanmoins la couverture du célèbre périodique français L’Illustration en août 1931 sous le titre « Rencontre aéromaritime dans l’arctique: le Graf Zeppelin vient prendre le courrier du brise-glace Malygin à l’île Hooker » et donnera lieu à l'émission de plusieurs timbres dans de nombreux pays. Le 8 août, lors de l'escale à Ostrov Al'dzher, les scientifiques découvriront une hutte installée par une expédition américaine en 1902 ainsi qu'une lettre laissée par Evelyn B. Baldwin, son commandant. Malygin est de retour à Arkhangelsk le 20 août à l'issue d'un voyage dont le succès sera considéré comme limité en raison, semble-t-il, de la disparité des passagers, les désirs des scientifiques s'accommodant mal des obligations du commandant vis à vis des touristes. (d'après W. Barr, Département de Géographie, Université du Saskatchewan, Canada)


En octobre 1937, trois brise-glaces sont emprisonnés par la glace dans la mer des Laptev. Parmi eux, outre Georgiy Sedov et Sadko, figure Malygin. Ces deux derniers ne pourront être libérés qu'en août 1938 grâce à l'intervention de l'Ermak. Georgiy Sedov continuera à dériver et donnera lieu à l'un des épisodes les plus impressionnants de l'histoire arctique.

Malygin sera perdu lors d'une tempête au large de la presqu'île du Kamchatka le 28 octobre 1940 alors qu'il revenait d'une expédition scientifique. Se trouvaient alors à son bord 98 personnes.

Par la suite, un autre brise-glace soviétique portera le même nom de Malygin. Il s'agit de l'ancien finlandais Storm transféré à la flotte soviétique comme réparation de guerre en 1945.

Tous clichés DR


Voir le livre "Brise-glaces de la Route du Nord et de la mer Baltique" qui retrace l'histoire de tous les brise-glaces européens


Voir le livre "Navires spécialisés"

mardi 30 avril 2013

Quatre brise-glaces japonais




Le Japon possède trois bases scientifiques antarctiques (Showa - 69°00'S / 39°35'E aux îles Ongul  -, Mizuho - 70°42'S et 44°20'E, 2 230 mètres d'altitude, à 270 km dans le sud-ouest de Showa - et Asuka - 71°32'S et 24°08'E, 930 mètres d'altitude, à 670 km dans le sud-ouest de Showa-). Dans le but de ravitailler ces stations, le Japon a utilisé successivement quatre brise-glaces.


Soya
Rien ne prédestinait celui qui fut le premier brise-glace nippon à naviguer en Antarctique, ni à porter le pavillon japonais, ni à être un navire scientifique… Lancé à Nagasaki en 1938 sous le nom de Volochaevets, ce cargo à coque renforcée pour naviguer en eau glacée fait partie (avec ses deux sister-ships Bolshevik et Komsomolets) d'un accord commercial passé entre l'URSS et le Japon. C'est ainsi que le Japon pense financer partiellement son achat d'une ligne de chemin de fer en Mandchourie. Mais le climat international est tendu à cette époque, l'accord est rompu et le navire livré à une compagnie japonaise, la Tatsunan Kisen Co. sous le nom de Chiryō Maru. Réquisitionné en novembre 1939 par la marine impériale, il prend le nom de Soya en février 1940 et est utilisé comme bâtiment auxiliaire. Après une guerre durant laquelle il est plusieurs fois attaqué par les forces américaines, il est utilisé pour le rapatriement des habitants japonais des territoires perdus puis comme ravitailleur. En 1956, en prévision de l'expédition polaire qui doit avoir lieu l'année suivante, le navire est transformé, recevant de nouveaux moteurs, un pont pour hélicoptères et diverses installations. C'est lui qui emportera le matériel destiné à la création de Showa, la première base permanente japonaise en Antarctique en 1957. C'est également lui qui recueille en 1958 le personnel japonais qui avait du être laissé sur place l'été précédent. L'épisode a été rendu célèbre par le film "Antarctica" et l'histoire des chiens Taro et Jiro qui seront retrouvés un an plus tard, attendant le retour de l'été et donc de l'homme, est particulièrement émouvante. Il servira par la suite de brise-glace de sauvetage avant d'être retiré du service en 1978. Depuis 1979, il est exposé au Museum of Maritime Science de Tokyo.


Déplacement : 3,800t (1944) / 4,100t (1978)
Longueur : 77.5m (1944) / 83.3m(1978)
Largeur : 12.8m (1944) / 13.5m(1978)
Propulsion: moteur vapeur VTE , 2 chaudières / moteurs Diesel
Vitesse : 12,4 noeuds

AGB 5001 Fuji (1965)

Le brise-glace Fuji a été lancé le 18 mars 1965 et livré au mois de juillet de la même année par le chantier de Tsurumi afin de remplacer Soya, éprouvé par de longues années de service. Après vingt années de service, il est accueilli au port de Nagoya et y devient musée flottant qui retrace l'aventure japonaise polaire.


Déplacement : 8 838 t
Longueur : 100 m
Largeur : 22 m
Puissance : 4 x 3 500 CV à 600 tours/mn
Vitesse : 17 noeuds.


AGB-5002 Shirase (1981)

Le troisième brise-glace à porter le pavillon du soleil levant a été lancé en décembre 1981 et entra en service en novembre 1983. Il fut utilisé au cours de 25 expéditions antarctiques puis retiré du service en juillet 2008. 



Aucune proposition n'ayant été jugée satisfaisante quant à sa reprise, sa démolition fut décidée en octobre 2008 mais un mouvement populaire se dessina pour la sauvegarde de ce bâtiment. Finalement, le projet de la compagnie Weathernews Inc. fut adopté par le gouvernement le 9 novembre 2009 et le navire lui fut transféré le 11 février 2010. Au port de Funabashi, il devient à la fois musée et centre d'information sur les modifications climatologiques. A la suite du tsunami de Fukushima, il reprendra la navigation pour rejoindre en juillet 2011 le port de Onahama (à proximité du lieu de la catastrophe) et participer à des opérations de prévention de ce genre de phénomènes.



AGB-5003 Shirase (2008)

En raison des difficultés économiques que connaît le Japon depuis plusieurs années, le renouvellement du brise-glace, évoqué dès 2003, est reporté à plusieurs reprises. Enfin, le second navire à porter le nom de l'explorateur peut être lancé par l'Universal Shipbuilding de Maizuru en avril 2008. Ses dimensions et ses capacités à briser la glace sont plus grandes que celles de son prédécesseur. 



Il effectue son voyage inaugural en novembre 2009. Voir des clichés de l'actuel Shirase et de ses emménagements intérieurs. 



Le lieutenant Nobu Shirase (1861-1946)
Deux des brise-glaces d'exploration japonais portent le nom de celui qui fut le premier Japonais à explorer l'Antarctique.



Lorsque le lieutenant Nobu Shirase annonça son projet de lancer une expédition vers le pôle Sud, peu de gens au Japon comprirent l'intérêt d'une telle mission, encore moins croyaient à son succès. Mais, grâce au soutien de l'ancien Premier ministre, le comte Okuma, Shirase peut achever ses préparatifs. La première expédition antarctique japonaise quitte Toyko le 1er décembre 1910 à bord du Kainan Maru, un petit navire d'une trentaine de mètres de long. 



Après une escale à Wellington, c'est le vrai départ pour tenter d'atteindre le pôle. Immédiatement, les mauvaises conditions météorologiques s'opposent au projet nippon et forcent l'expédition à rebrousser chemin vers Sydney, atteinte le 1er mai 1911. L'accueil y est hostile. La presse locale se moque, la population observe les Japonais comme des bêtes curieuses. "Atteindre le pôle avec un si petit navire ? Ridicule !". Heureusement, l'intervention d'un universitaire de Sydney, Pr. Edgeworth David, qui avait accompagné Shackleton en 1907 améliore l'ambiance locale. Mais ces événements ont retardé l'expédition. Il est maintenant hors de question d'atteindre le pôle avant Amundsen ou Scott. Shirase quitte Sydney le 19 novembre, mais il ne s'agit maintenant plus que de réaliser des travaux d'exploration et quelques expériences scientifiques pour lesquelles Shirase a choisi King Edward VII Land. Ceux-ci seront limités par les conditions toujours mauvaises. Néanmoins, lorsque Shirase accostera à Yokohama le 20 juin 1912, l'accueil fut celui que méritait ce premier Japonais à tenter l'expédition du pôle sud.


Tous clichés Wikimedia


Voir le livre "Navires spécialisés"